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Financement des formations : le secteur IT au pain sec en 2010

14 Janvier 2010 , Rédigé par Sandrine Publié dans #Ressources humaines

Le MagIT- par Reynald Fléchaux


Discours de rigueur pour le Fafiec, l'organisme de collecte de l'argent de la formation dans l'IT, l'ingénierie et le conseil. Après avoir joué un rôle d'amortisseur de la crise en 2009 - en dépensant plus que l'argent collecté sur l'exercice -, l'organisation paritaire est contrainte de resserrer les critères d'attribution des fonds. Un nouveau risque pour l'emploi.

Abonné aux excédents de trésorerie, le Fafiec, l'organisme paritaire de collecte de l'argent de la formation dans l'IT, l'ingénierie et le conseil, a fini 2009 les caisses vides. Au point de devoir rejeter les demandes de formation des entreprises du secteur en novembre ou en décembre (en fonction de la nature desdites demandes). Ainsi, alors qu'il a collecté sur le dernier exercice environ 215 millions d'euros, l'organisme a dépensé quelque 50 millions supplémentaires, épuisant ses réserves de trésorerie. Le Fafiec explique en substance avoir accompagné les entreprises jusqu'à l'épuisement de son enveloppe. Et avoir, depuis le début 2010, rouvert son guichet de demandes, sur la base de nouveaux critères.

 
 
 

Selon Patrick Antoine, vice-président de l'organisme (et issu de la CGT), les plans de formation ont été stoppés début décembre, tandis que le financement des périodes de professionnalisation est gelé depuis la mi-novembre. Chaque segment a dépensé plus que les sommes collectées. Ainsi, les plans de formation dans les entreprises de moins de 10 salariés ont mobilisé 25 millions, soit 10 de plus que l'enveloppe prévue. Même dépassement pour les formations en alternance, où les contrats de professionnalisation (qui eux se sont poursuivis jusqu'en fin d'année) ont dépassé leur budget d'environ 15 millions. Sur les périodes de professionnalisation (qui s'adressent, contrairement aux contrats, à tous les salariés, notamment à ceux en reconversion), le dépassement serait minime, selon Patrick Antoine. "Nous avons peut être commis une petite erreur sur les critères que nous avions définis, en fixant le plafond des périodes de professionnalisation au niveau des groupes, ce qui a permis à des entreprises diversifiées de reconvertir par exemple une bonne part de leurs effectifs travaillant pour la filière de l'automobile, explique-t-il. Ce phénomène a pu créer une distorsion de concurrence par rapport à des sociétés plus spécialisées".


Critères d'attribution plus stricts

Pour 2010 donc, il faudra se serrer la ceinture. D'autant que les sommes collectées par la Fafiec seront amputées automatiquement de 13 % (contre 5 % auparavant), reversées automatiquement au Fonds unique de péréquation (FUP) - rebaptisé Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels (FPSPP) -, qui voit ses missions s'élargir et grève plus franchement le budget des organismes de collecte. Ce Fonds va prélever 13 % des sommes collectéés par le Fafiec, sans que ce dernier en bénéficie. Tout en affirmant vouloir préserver cette logique de solidarité, l'organisme milite pour un meilleur "équilibre" dans ce mode de redistribution entre branches. Qui plus est, le Fafiec s'attend à une baisse "naturelle" (liée à la contraction de l'activité) de la collecte d'environ 5 %. S'y ajoutent les 7 % de frais de fonctionnement de l'organisme qui emploie 150 permanents.

Si le Fafiec a donc rouvert son guichet permettant d'examiner les demandes des SSII, sociétés de conseil en technologies, éditeurs ou cabinets de conseil, il tient désormais un "discours de rigueur", selon Patrick Antoine. Le budget consacré aux plans de formation des entreprises de moins de 10 personnes passera ainsi de 25 à 8 millions ! Resserrement aussi pour les plans des sociétés plus importantes, où le budget sera réduit de quelque 100 millions à environ 70 millions d'euros. Les critères seront également durcis pour les contrats et périodes de professionnalisation, dont les enveloppes s'annoncent également moins épaisses qu'en 2009. Car la coupe claire de 13 % du FUP touche aussi les dispositifs d'alternance.


Un risque supplémentaire pour l'emploi

La conséquence ? L'amortisseur de la formation, qui a permis à certaines SSII ou sociétés de conseil en technologies de moins licencier en 2009, sera bien moins efficace dans les mois qui viennent. Un revirement qui pourrait pousser des entreprises du secteur à se débarrasser des salariés en intercontrat, notamment si la reprise reste très progressive, le scénario que décrivait il y a quelques jours l'organisation patronale Syntec Informatique. Une vision que nuance Patrick Antoine : "pour les entreprises de plus de 50 personnes, nous ne collectons en moyenne que 1/5 des sommes qu'elles consacrent à la formation". Une façon pour ce syndicaliste CGT de déminer le discours patronal, qui pourrait être tenté de pointer le Fafiec comme responsable des mesures de suppression d'effectifs. Patrick Antoine reconnaît toutefois "un devoir moral" vis-à-vis des plus petites structures, qui versent souvent l'intégralité de leurs enveloppes consacrées à la formation à l'organisme collecteur.

Sauf en novembre, le chômage n'a cessé de croître dans la profession en 2009, pour avoisiner les 30 000 informaticiens sans emploi en fin d'année. Avec quelque 6 % de chômeurs, le secteur reste toutefois relativement préservé. Et la montée du chômage n'a, pour l'instant, pas tutoyé les sommets atteints lors de la précédente crise, au début des années 2000.

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