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Prêts à tout pour décrocher un emploi

9 Avril 2009 , Rédigé par Sandrine Publié dans #Ressources humaines

un excellent article dans Francesoir sur les RSP

Maïram Guissé et Thomas Saintourens,

 

L’Ifop révèle aujourd’hui que la hausse du chômage est le sujet de conversation principal de 68 % des Français. Les demandeurs d’emploi rivalisent de créativité pour se démarquer et obtenir du travail

Aucune stratégie n’est écartée pour décrocher un job. Au-delà des cas médiatiques de Yannick Miel, jeune diplômé en « vente » sur eBay, ou de Jean-Pierre Le Floch, qui avait proposé 50.000 euros à son futur employeur, de plus en plus de Français font preuve d’ingéniosité pour trouver un emploi. Cette semaine, la hausse du chômage arrive en tête des conversations entre proches. Selon un sondage Ifop publié aujourd’hui (*), 68 % des Français l’ont évoqué en famille ou entre amis. L’augmentation du nombre de chômeurs, 90.000 de plus en janvier et près de 80.000 en février, crée des embouteillages dans les agences des pôles emploi, submergées de demandes. Ce retard, accumulé à la suite de la fusion ANPE et Assedic et renforcé par le marasme économique, pousse les demandeurs d’emploi à être de plus en plus originaux. Quitte à mentir ou rabaisser leurs prétentions.

Environ 70 % de CV sont bidon ou embellis, selon l’Apec (Association pour l’emploi des cadres). Plus que jamais, le système de la débrouille est le meilleur moyen pour se jouer de la crise. « J’ai une amie qui va dans les supermarchés pour glisser en douce son CV dans les packs de briquettes de lait », nous indique Isabelle, intermittente du spectacle à Nice. Affichettes collées dans les abribus, mise en ligne massive de CV sur Internet : chercher un emploi est une activité à plein temps, qui réclame persévérance et créativité.

Beaucoup de concessions

Les candidats, quitte à flirter avec l’illégalité, sont désormais prêts à accepter des salaires réduits, des contrats précaires et des conditions de travail difficiles. Les heureux élus sont finalement ceux qui font le plus de concessions.

Pour Jean-François Kiefer, secrétaire général de la CGT-Chômeurs, « ces actions ne sont pas du tout positives. On va vers des dérives. Un monsieur s’est vu proposer une période d’essai de huit jours, sans rémunération, et ce n’est pas un cas si isolé. De plus en plus de personnes se laissent embaucher à moindre prix. On risque de créer des inégalités au sein des entreprises et d’aligner les salaires au plus bas. Quand on a une qualification, il faut avoir un travail qui corresponde ».

Certains candidats, jugés trop diplômés, vont jusqu’à se « déclasser ». « Beaucoup de jeunes diplômés sont actuellement contraints de modifier leur CV à la baisse, car, au regard des conventions collectives, leur salaire coûterait trop cher à leur futur employeur, nous confie un professeur en charge d’un master de droit. Ils se présentent aux entretiens comme titulaires d’une simple licence, alors que certains sont bac + 8 ! »

(*) Enquête Ifop-Paris-Match réalisée les 2 et 3 avril 2009, auprès d’un échantillon représentatif de 1.010 personnes âgées de 18 ans et plus.

 


Sur Internet, la pêche au job passe par les réseaux sociaux

Quand Alain (*), responsable du site Web d’une chaîne de télévision, eut besoin de recruter un maquettiste bilingue, il a simplement allumé son ordinateur et posté sa demande sur sa page Facebook, le réseau social à la mode. « C’est une démarche informelle. Sur Facebook, j’ai environ 500 amis, dont beaucoup de journalistes. Je peux avoir des pistes plus rapidement », explique ce rédacteur en chef. Comme lui, de plus en plus de recruteurs font leur marché sur les réseaux sociaux en ligne.

« Sur Internet, les candidats se servent de ces outils de socialisation pour se rendre visibles, nous précise Jacques Froissant, directeur du cabinet de recrutement Altaïde. Il y a la stratégie classique, avec la publication de CV sur des sites comme Viadeo (plus d’un million d’utilisateurs) et Linkedln (près de trois millions de membres), mais aussi la mise en scène de son image personnelle, avec le recours aux blogs ou aux réseaux Facebook et Twitter. » Pour le moment, ce sont surtout les secteurs du high-tech et des médias qui recrutent par ce biais, mais l’usage des réseaux sociaux se développe à grande vitesse. Fouiner dans les pages personnelles des candidats est devenu la nouvelle activité des cabinets de recrutement.

Obscur cousin oublié…

Jacques Froissant a une théorie sur les embauches on line : « Ce sont les liens dits faibles qui apportent le plus de richesse, explique-t-il. Pas les personnes que l’on connaît le mieux. » En d’autres termes, il ne faut pas négliger le truchement d’un obscur cousin oublié pour obtenir le job de ses rêves, au détour d’un clic de souris.

A côté de ce nouveau recours à la cooptation en ligne, les sites d’offres d’emplois traditionnels connaissent une augmentation fulgurante des CV mis en ligne. Chez monster.fr, pas moins de 80.000 nouveaux CV ont été mis en ligne en février… soit le même nombre que les nouveaux inscrits au pôle emploi. « Nous avons moins d’offres d’emplois que l’année dernière (20.000 contre près de 40.000) mais le nombre de candidatures envoyées pour chaque poste a doublé en un an, nous indique Catherine Reichert, porte-parole de monster.fr. On note aussi que beaucoup de personnes n’activent pas leur CV, de peur d’être reconnues par les entreprises chez qui elles travaillent encore. »

Pour les réfractaires au Web, d’autres réseaux, moins immatériels, demeurent les meilleurs alliés de la recherche d’emploi, surtout en temps de crise. Le bon vieux « piston » familial, autre alternative au pôle emploi, fonctionne à plein régime.

(*) Le prénom a été modifié.

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