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Facebook, c'est la maison, et LinkedIn, le bureau !"

17 Décembre 2008 , Rédigé par Sandrine Publié dans #networkings

Dans LCI par Olivier LEVARD
Reid Hoffman, patron de LinkedIn et investisseur dans Facebook
 

Crédit Photo : LCI.fr / Olivier Levard / DR

Reid Hoffman, patron de LinkedIn et investisseur dans Facebook

 

 

Reid Hoffman est une des personnalités les plus populaires de la Silicon Valley. Peut-être parce que l'homme est diablement sympathique, ce qui ne fait jamais de mal, mais plus sûrement parce qu'il est derrière quelques unes des plus belles success-stories du Web 2.0. De PayPal à Flickr, en passant par Facebook, Mozilla, Digg ou Technorati, il a été à l'origine ou a investi dans les sites les plus innovants de la toile.
 
Il consacre aujourd'hui l'essentiel de son temps à ses investissements et à la promotion du réseau professionnel
LinkedIn, une sorte de Facebook du bureau. Surbooké, Reid Hoffman a annulé sa participation au récent Web'08, mais LCI.fr l'avait rencontré il y a quelques jours à Paris, à l'occasion du lancement de la version française de LinkedIn.
 
LCI.fr : Vous êtes un des pionniers des réseaux sociaux qui sont aujourd'hui la grande tendance sur le Web. Aujourd'hui, vous attribuez à chacun des grands sites un rôle bien  particulier.  Vous expliquez que "MySpace, c'est le bar,
Facebook, c'est la maison, et LinkedIn, c'est le bureau". Que voulez-vous dire par là?
 
Reid Hoffman, président de
LinkedIn : L'idée, c'est que, malgré les apparences, ces réseaux sont très différents. Facebook, c'est la maison, le foyer,  car l'idée de base est de rassembler dans un lieu virtuel vos proches, une petite partie de vos connaissances, ceux avec lesquels vous pouvez partagez les photos de vos enfants ou des soirées auxquelles vous allez. C'est en quelque sorte les gens que vous pourriez inviter à un barbecue dans votre jardin. Alors, bien sur, il peut y avoir parmi ces gens un collègue de travail mais certainement pas tous : Facebook est d'abord fait pour échanger et partager des informations personnelles.
 
LCI.fr : MySpace...
 
R. H. : MySpace, c'est comme un bar, car vous faites en sorte d'y rendre votre profil le plus sexy possible, de montrer comme vos habits et la musique que vous écoutez sont cool pour vous valoriser auprès de personnes qui se promènent sur le site et doivent vous apprécier. C'est un lieu de rencontres.
 
LCI.fr : Et
LinkedIn...
 
R. H. :
LinkedIn,  c'est le bureau car il sert à rester en contact professionnellement, à mener des projets, à réussir sa carrière. C'est pour cette raison que pour lorsque l'on me dit que Facebbok et Linkedin sont concurrents, je ne suis pas tout à fait d'accord. Certes, dans les deux cas, vous avez un profil et une liste de contacts auxquels vous pouvez envoyer des messages....  Mais à y regarder de plus près, cela n'a rien à voir. Si vous voulez embaucher quelqu'un et que vous faites une recherche sur Facebook, cela ne donnera rien. Sur LinkedIn, vous aurez des réponses pertinentes car il a été conçu pour ça. 
 
LCI.fr : Qui sont donc les contacts que l'on se fait sur
LinkedIn ?
 
R. H. : Des collègues actuels et passés, des personnes rencontrées dans des séminaires, vos anciens camarades d'école... Pas forcément des amis, mais toutes les personnes qui pourront vous aider professionnellement. Je n'ai que 200 contacts sur
Facebook contre plus de  7000 sur LinkedIn. Ces sont des gens que j'estime professionnellement mais avec qui je ne partage pas nécessairement mes photos de vacances.
 
LCI.fr : Cela me permet en somme d'être "ami" avec mon patron sans qu'il voie ma copine en maillot de bain ou mes amis un peu alcoolisés...
 
R. H. : C'est exactement ça. Nous discutons mais vous n'avez pas à me voir en short pendant mes vacances. Ça ne vous regarde pas.
 
LCI.fr : Et concrètement, à quoi sert le site ?
 
R. H. :
LinkedIn va faire deux choses pour vous. D'abord, en vous connectant avec d'autres personnes vous allez pouvoir vous entraider, les recommander à d'autres personnes qui leur seront utiles. Cela peut vous changer la vie. Cela permet de vous faire des alliés aussi bien dans la conduite de votre carrière que dans la résolution de problèmes professionnels au quotidien. Sur LinkedIn, vous pouvez posez une question à l'ensemble de votre réseau et les plus compétents vous répondent en ligne. C'est un lieu d'échange de connaissances et d'expertise. Vous avez un accès très simple à celui qui détient la réponse à votre problème.
 
LCI.fr : L'émergence de ces réseaux sociaux modifie en profondeur les rapports entre les individus... 
 
R. H. : C'est vrai. Les réseaux sociaux rendent explicites des choses et des relations qui ne le sont pas dans la vie réelle et cela change les pratiques sociales. D'un autre côté, nous tirons un avantage de cette transparence. Par exemple, si nous sommes en relation sur un site et que vous cherchez un spécialiste des réseaux sociaux, vous n'avez même pas besoin de me le dire :  je le sais et je peux vous aider. Avant cela, vous auriez du demander à tous vos amis un par un : 'dis, tu ne connaîtrais pas quelqu'un ?". Alors, bien sur cette transparence est un peu bizarre mais il va falloir s'y habituer. Un peu comme au début du téléphone portable quand chacun est devenu joignable en permanence...
 
LCI.fr : Vous venez de lancer une version française de
LinkedIn en partenariat avec l'Apec. Vous êtes pourtant un homme riche : n'aurait-il pas été plus simple de racheter votre concurrent français Viadeo ?
 
R. H. : Non, car chaque réseau a sa propre logique, sa propre structure. Pour être honnête, je ne connais pas bien Viadeo. Nous avons 31 millions de personnes connectées sur
LinkedIn dans le monde et deux millions viennent nous  rejoindre chaque mois. Je crois d'ailleurs que deux millions, c'est le nombre total d'abonnés à Viadeo : nous n'avions dons pas grand intérêt à un tel rachat. Notre stratégie de développement est assez simple. Nous nous implantons dans les pays qui sont déjà très utilisateurs de notre service en anglais et, en France, plus de 600.00 personnes utilisaient déjà LinkedIn. C'est aussi une des plus grosses économies avec des diplômés de haut niveau. 
 
LCI.fr : Et SmallWorld, le réseau social "très select", le considérez-vous comme un concurrent?
 
R. H. : Non, car ce qu'on trouve sur SmallWorld, c'est plutôt : "Je suis en vacances au Caraïbes, j'ai besoin d'une nounou" ou "Je suis très riche et je veux sortir avec un top model". C'est très jet set... Alors, bien sûr, nous avons des célébrités sur
LinkedIn : Bill Gates, Richard Branson et même Barack Obama. Mais ils sont là pour le travail!
 
LCI.fr : Vous habitez dans la Silicon Valley dont vous êtes une des figures. Quel y sera l'impact de la crise ? Vous avez dû licencier chez
LinkedIn...
 
R. H. : Je crois que la crise va toucher tout le monde et les inquiétudes pour 2009 sont générales. Mais la Silicon Valley devrait résister un peu mieux pour plusieurs raisons. D'abord, il y a en ce moment des technologies très prometteuses et une récession est le bon moment pour investir car il y a moins de concurrence. Ensuite, l'industrie des services a des marges confortables qui permettent de faire face à une période agitée. Et enfin, les budgets publicitaires, même s'ils subissent des coupes, continuer à glisser vers internet. Concernant
LinkedIn, nous souffrirons un peu de la baisse des dépenses de recrutement et de publicité mais beaucoup de personnes vont se servir de notre réseau pour trouver un nouvel emploi. Quant aux licenciements, on ne rentre jamais fier chez soi lorsque l'on a dû se séparer d'employés mais nous pensions que nous allions avoir une croissance de masse et les choses vont un plus lentement que prévu. Mais nous allons continuer à embaucher.
 
LCI.fr : Vous êtes un investisseur dans
Facebook. Pourquoi le site peine-t-il à rentabiliser son audience pourtant titanesque?
 
R. H. : Ils doivent renforcer leur système publicitaire et je leur donne d'ailleurs des tuyaux pour cela. Pour vous donner un exemple, il y a sur
Facebook beaucoup de personnes qui jouent à des jeux en réseau - scrabble, poker... - sans que cela ne rapporte rien. Le site pourrait proposer à une entreprise qui vend des jetons de poker de les sponsoriser.... C'est avec ce type d'initiative que facebook gagnera de l'argent.
 
LCI.fr : Tout ce que vous avez touché sur le Web semble se transformer en or. Comment flairez-vous les bons coups sur la toile ?
 
R. H. : Disons que je sais ce que je fais, que j'ai développé une certaine expertise sur la manière dont marche Internet et donc sur ce que l'on peut y faire. Grâce à cela, j'ai développé une réputation d'investisseur utile à qui les start up innovantes vont s'adresser.
 
LCI.fr : Et être sympa, c'est important?
 
R. H. : (rires) Sympa... C'est sympa ! Mais je vous assure que le plus important, c'est d'être utile! Alors, utile et sympa, c'est parfait. Mais utile reste le plus important

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