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Qu'est ce qui va changer dans l'Internet du Futur?

21 Octobre 2008 , Rédigé par Sandrine Publié dans #networkings

ITRNews mardi 21 octobre 2008

 

20081020_11Comme chaque année, l'Institut de l'Audiovisuel et des Télécommunications en Europe (IDATE) donne rendez-vous au gratin de l'industrie pour son DigiWorld Summit (Montpellier les 19 et 20 novembre). Cette année le congrès a pour thème « The Future of the Internet ».

 

A quoi ressemblera Internet dans les cinq ans à venir ? Avec ce thème, les participants sont incités à réfléchir sur l'avenir du Réseau « qui va devoir évoluer au fur et à mesure que son irrésistible succès s'affirme », déclare Yves Gassot, directeur général de l'IDATE. Le constat est simple. Il y a d'abord un besoin continu de bande passante. « On observe une croissance continue du trafic, de l'ordre de 50% par an, sous l'effet de la croissance du nombre d'internautes, de l'enrichissement des applications et du succès de services vidéo comme Youtube ».
Cette interrogation s'accompagne, selon Yves Gassot, de questions relatives à la prise en compte des contraintes particulières des grandes classes d'applications qui migrent ou se développent sur le web. Jusqu'alors, et c'est ce qui a fait sa force, l'Internet a fonctionné en mode « best effort ». Aujourd'hui, on imagine des aménagements au niveau des protocoles, permettant de différencier les paquets et les modes de routage pour tenir compte des contraintes particulières en terme de qualité de service (QoS) des différents usages : « un service de vidéo payant n'a pas la même capacité à supporter des délais dans l'acheminement ou la perte de paquets qu'un simple service de messagerie asynchrone ». Ainsi l'IPTV qu'offrent les opérateurs d'accès large bande, s'appuie sur des réseaux dédiés assurant la distribution « multicast » des chaînes jusqu'au central où aboutissent les lignes téléphoniques, en contournant donc l'internet.

 

Le Net doit évoluer considérablement au fur et à mesure de son succès

 

« Les opérateurs télécom sont traditionnellement très sensibles aux notions de qualité de service. Mais leur transposition sur le Net est perçue par les grands fournisseurs du service du web ou quelques carriers, comme un premier pas vers une discrimination qui se ferait à l'avantage des services et des contenus directement offerts par les opérateurs ou par leurs affiliés ».
C'est le débat sur la « Net Neutrality » qui fait rage aux Etats-Unis depuis maintenant 3 ans. Avant même l'avènement de routages différenciés, il intègre deux autres phénomènes, significatifs des tiraillements que connait le « réseau des réseau » dans sa dynamique actuelle. Le premier a trait à l'évolution des interconnexions. Contrairement aux accords que l'on connait sur les réseaux traditionnels fixes ou mobiles, le régulateur n'intervient pas pour les interconnexions internet et, dans la plupart des cas, il n'y a pas d'échanges monétaires entre les opérateurs. Mais ces accords de « peering » peuvent être déstabilisés par la croissance des trafics supportés, notamment quand ils deviennent asymétriques sous l'effet des charges asymétriques générées par la connexion des serveurs de vidéo de type « You Tube » ou « Daily Motion ». L'autre phénomène qui alimente les polémiques repose sur l'usage par des services, qui respectent les copyrights, de la technique de « peer to peer » qui leur permet d'abaisser considérablement leurs frais de bande passante en renvoyant l'accès aux contenus sur les disques durs individuels des internautes. Mais le P2P peut générer des effets de thrombose sur les réseaux des opérateurs. On a vu ainsi le premier câblo-opérateur nord-américain, Comcast, rappelé à l'ordre par la FCC, car il freinait volontairement les requêtes par P2P.
Les agences de régulation vont être de plus en plus sollicitées sur ces sujets, même si la politique de concurrence sur les accès en Europe, qui se distinguent du duopole câble-telcos des Etats-Unis, les placent dans un contexte différent. « Ne serait-ce que parce que les services traditionnels tels que ceux de la voix basculent de plus en plus rapidement sur IP ».

 


Deux étapes importantes : l'émergence de l'internet mobile et le Web des objets

 

Au-delà de ces tiraillements dans ce que Yves Gassot appelle « le fonctionnement interne ou les coulisses du Net », la conférence de l'IDATE a identifié deux prochaines étapes dans la transformation de l'internet.
« L'heure est à la fusion entre le monde du fixe et celui du mobile et cela se fera à travers l'internet mobile qui va progressivement devenir une réalité» rappelle Yves Gassot. Le succès des PC ultra mobiles et des smartphones s'effectue parallèlement à la montée en puissance des réseaux mobiles. Et notre observateur de constater : « La technologie W-CDMA /HSDPA (UMTS en Europe) a gagné la bataille de la 3G. Pour la 4G, le standard LTE a été retenue par les grands opérateurs comme AT&T et Verizon aux USA, Vodaphone, T-Mobile et Orange en Europe. On devrait éviter une nouvelle guerre des standards même si il y aura certainement une alternative à travers des normes dérivées du WiMax, qui, on peut le souligner, partage beaucoup des options techniques avec le LTE. » Néanmoins, pour l'heure, l'ultra mobilité ne concerne que les cadres supérieurs et une grosse poignée de technophiles. La 3.5 G (HSDPA) disponibles dans les grandes villes européennes offrent des débits de plus en plus en ligne avec ceux que l'on connait sur l'ADSL. Mais, l'élargissement des usagers de l'Internet mobile va exiger une efficacité spectrale propre aux nouvelles générations 4G, si l'on veut que la croissance du trafic soit soutenue par un prix du Giga Octet décroissant, tout en permettant le maintien des marges des opérateurs. Yves Gassot se montre toutefois optimiste : « Nous avons su transformer les sentiers vicinaux des réseaux fixes en autoroute, sans mettre en faillite les opérateurs; il faut opérer une manœuvre comparable pour les réseaux mobiles.»

Deuxième perspective : la croissance des applications « Machine to Machine » (M2M).
Dans de multiples secteurs, on imagine l'intérêt de pouvoir doter les objets d'une capacité de communication. C'est vrai pour le compteur d'électricité ou de gaz, pour les containers à Singapour, pour les produits qui sortent du supermarché, les pièces des produits de l'avionique, le « vélib » parisien...Cette tendance porte en elle la perspective d'un « web des choses » aux limites infinies. Les enjeux associés à l'établissement d'interfaces et de protocoles normalisés sont également considérables, « d'autant plus que les approches sont largement "verticales" et devront donc aller bien au-delà des instances des "télécommunicants" pour intégrer les acteurs de l'avionique, de la distribution ou de la santé, ... ».

 

La fragilité des business models des "réseaux sociaux"

 

Ce DigiWord Summit 2008 sera aussi l'occasion de s'interroger sur la stabilité économique des réseaux sociaux issus du Web 2.0. « Nous pensons à l'IDATE que les nouvelles pratiques de communication et de partage qui caractérisent les "réseaux sociaux" sont pérennes. Nous devrions même voir de plus en plus ces attributs du Web 2.0 s'imposer sur d'autres catégories du web telles les sites d'eCommerce ou de jeux vidéo, ou encore les outils coopératifs professionnels. » Toutefois, souligne Yves Gassot, « même les réseaux sociaux qui enregistrent des audiences phénoménales, et sont valorisés à très haut niveau, ont des revenus encore modestes et une profitabilité nulle ». Le potentiel de segmentation sophistiquée des internautes n'est pas réellement valorisé aujourd'hui. Cela peut tenir à l'approche assez conservatrice des annonceurs ou aux craintes d'éveiller l'anxiété des consommateurs qui se sentiraient atteints dans leur vie privée, même si les jeunes internautes semblent assez peu sensibles sur ce point. « Nous sommes d'autre part, poursuit Yves Gassot à un moment intéressant où la volonté d'ouverture des "réseaux sociaux" à la créativité des développeurs, en offrant des interfaces ouverts de développement de nouvelles applications ("open API"), se double pour certains acteurs de la recherche d'une certaine interopérabilité entre les plates-formes. » Celle-ci peut être orientée par des objectifs d'efficacité à faire valoir auprès des annonceurs, mais aussi par les possibilités qu'elle offre à l'internaute. Les opérateurs télécom qui défendent une pratique d'interopérabilité de leurs services, tout en étant accusé d'en faire parfois un critère de fermeture, vont également dans le sens d'ouvrir leurs services sur les applications des "réseaux sociaux" et les environnements des "mondes virtuels".

Enfin, comme la Corée du Sud, leader du haut débit fixe et mobile et des jeux vidéo multijoueurs, sera la vedette du DigiWorld Summit 2008, la conclusion revient à ce vrai serpent de mer qu'est devenu la Télévision sur Mobile. En Corée, rappelle le directeur général de l'IDATE, douze millions de personnes reçoivent gratuitement la télévision sur un appareil mobile, qui n'est d'ailleurs pas forcément un smartphone. Malgré la taille de ce public, l'affaire n'est pas rentable pour les groupes de télévision qui ont investi dans le réseau terrestre. « Elle le sera un jour, conclut Yves Gassot. Mais on voit bien que l'on a en Europe ces dernières années, survendu la télévision mobile en en faisant l'alpha et l'oméga de l'avenir des mobiles. »

 

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